Publié le 27 Juillet 2016

Face au terrorisme et à l'impérialisme, la riposte populaire est plus que jamais nécessaire

Depuis quelques semaines, l’Allemagne et la France se voient frappé par des attentats revendiqués par l'organisation Daech. Les responsables de ces attentats, guidés par la haine et l’obscurantisme, conduisent à installer un climat de crainte en Europe. Mais l’État Islamique y trouve aujourd'hui un terrain fertile s’appuyant sur la précarisation de plus en plus grande des quartiers populaires afin de recruter des jeunes laissés à l’abandon. L’État français, afin de lutter contre le terrorisme, ne se donne que des options belliqueuses, au lieu d’investir ces territoires paupérisés, d’y introduire l'accès à la culture, la politisation, ou bien surtout de favoriser les liens sociaux. La classe dirigeante se rend dans ces endroits seulement en période d’élections, y pratiquant un clientélisme qui n’apporte rien de constructif et durable pour les habitants des quartiers populaires. Ce vide social laissé par les différents gouvernements crée un véritable terrain fertile pour le fanatisme. La peur est le meilleur prétexte pour les partis de gouvernement pour instaurer des mesures autoritaires à l'intérieur des frontières (état d'urgence, contrôles au faciès, militarisation des villes…) et justifier leurs interventions militaires à l'étranger. Le Front National quant à lui se frotte les mains de voir des citoyens apeurés et de pouvoir remplacer la lutte de classes avec la lutte des civilisations.

 

L’attentat de Saint-Étienne du Rouvray du 26 juillet 2016 a été une atteinte à la communauté catholique. Pourtant, nous devons plus que jamais nous opposer aux discours qui veulent que l'affrontement entre chrétiens et musulmans serait inévitable. Nous rappelons que le Moyen-Orient est le premier terrain d’action de Daesh, que l’Afghanistan et le Liban ont été également fortement touchés par l’État Islamique. Les premières victimes de ces attentats sont les classes populaires, de n'importe quelle confession. Ces mêmes classes populaires du Moyen-Orient, de France et de partout ailleurs doivent faire face à ces menaces. Et c'est l’intérêt des classes populaires de faire front commun contre le cercle vicieux de l'impérialisme et du terrorisme, de s'opposer à l’autoritarisme que tente d’instaurer le gouvernement Valls, au fascisme du Front National et des autres groupuscules d’extrême droite, au fanatisme de Daech et au jeu trouble de ses alliés (Turquie, pétromonarchies du Golfe...). Cette opposition doit émaner du prolétariat de manière internationale. Il est temps que les prolétaires du monde entier se tendent la main et qu'ils aillent dans le sens du commun face aux criminels d’où qu’ils viennent. La lutte est internationale puisque nous pouvons agir tant en Europe contre le vide social et les politiques autoritaires et impérialistes, tant au Moyen et Proche-Orient en soutenant les forces de progrès qui mettent en échec les fanatismes et leurs alliés, notamment le peuple kurde et le PKK. Nous ne pouvons plus supporter que l’État français continue de bombarder la Syrie et ses civils, nous ne pouvons plus supporter les attaques de Daech. Nous ne supportons plus vos guerres, nous ne voulons plus pleurer nos morts.

 

Maxime BARBE et Lola ROMIEUX pour le MJCF 67

 

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Publié le 18 Juillet 2016

Tentative de coup d’État en Turquie : Erdogan se rapproche de son rêve autocratique

En Turquie, dans la nuit du 15 au 16 juillet, a eu lieu une tentative de coup d’État par une partie de l'armée à priori kémaliste. C'est dans un contexte sécuritaire tendu que dans les rues d'Istanbul et d'Ankara les putschistes ont déployé des chars, des hélicoptères et même des avions volant à basse altitude. Très rapidement le siège des services secrets turcs (MIT) à Ankara a été attaqué par un ou plusieurs hélicoptères, ainsi que le parlement et le palais présidentiel où les gardes auraient été neutralisées. Le chef de l’État major a été pris en otage, la chaîne de télévision TRT World a été évacuée par les soldats ainsi que d'autres chaînes publiques. L'armée putschiste a annoncé avoir pris le pouvoir pour « faire respecter les droits de l'homme », elle a déclaré la loi martiale et un couvre-feu, bloqué internet ainsi que les aéroports internationaux et annoncé qu'une nouvelle constitution était en cours de rédaction. Le gouvernement légitime turc a suspecté le mouvement Gulen d'être les responsables du putsch, mais le mouvement a condamné la tentative de coup d’État. Le président turc a demandé l'asile politique à l'Allemagne, qui a refusé, puis au Royaume-Uni. La situation dans le pays était extrêmement confuse et beaucoup d'informations étaient contradictoires. C'est alors que le président Erdogan a décidé de prendre la parole via son téléphone sur la chaîne CNN Turk et demander à ses partisans de descendre dans la rue et d'empêcher le coup d’État dont il était victime sans tenir compte du couvre-feu. Les partisans du président islamo-conservateur se sont lévés en masse partout en Turquie et même en Europe , notamment à Bruxelles, Paris, Strasbourg etc... au cri de « Tekbir Allah Ekber » pour empêcher le coup d’État militaire. De manière étonnante nous trouvons une armée conciliante face à la foule. Dans les grandes villes turques des chars de combat ont reculé face aux manifestants, certains en prenant même possession. L'armée mise à part sur le Bosphore s'est refusée de tirer sur la foule comme elle l'aurait fait en 1960, 1971 ou 1980. Obama a donné finalement son soutien à son homologue turc tard dans la soirée. Plus le temps passait, plus les putschistes se rendaient et cela jusqu'au petit matin. Cependant cela ne suffisait pas aux partisans d'Erdogan. En effet, beaucoup de soldats ont été lynchés, certains sur le Bosphore on été jeté du pont et l'un d'entre eux a été égorgé.
Au total, les affrontements de la nuit ont fait 90 morts et 1.154 blessés. 700 militaires se sont rendus, 29 colonels et 5 généraux ont été démis de leurs fonctions.


L'échec du coup d’État militaire, à part ressembler à un simulacre, est présenté par Erdogan, qui est aux manettes du pays depuis 13 ans, et par ses partisans comme une victoire de la démocratie. Mais malheureusement le seul vainqueur est Erdogan, qui solidifie son pouvoir intérieur avec cette tentative de putsch. Le président turc va enfin pouvoir finir les purges qu'il avait commencé au sein de l'armée. La Turquie vie depuis quelques années un fort recule démocratique avec des attaques de son président et de son rêve autocratique. Le pays se retrouve au 151ème rang mondial du classement de la liberté de la presse. Des journalistes sont régulièrement arrêtés, accusés de « propagande terroriste » pour avoir critiqué le sultan Erdogan. Mais ça ne s'arrête pas là : en mai 2016 les députés ont voté le levé de l'immunité parlementaire des cinquante et un des cinquante-neuf députés du HDP. Avoir été choisi par la majorité ne peut pas justifier le non-respect de la liberté de la presse, le non-respect des autres forces démocratiques, les persécutions des minorités religieuses, le nettoyage ethnique dans l'est du pays et le soutien à des organisations terroristes. Albert Camus disait « La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ». Mais cette phrase est sans doute trop compliqué pour les partisans d'Erdogan dont les seuls mots qu'ils retiennent sont « Tekbir Allah Ekber ».


Le coup d’État aurait-il été préférable ? Non, en aucune façon. D'un côté nous avons Erdogan qui se veut seul maître en Turquie, islamisant la société de manière progressive en faisant reculer la laïcité, persécutant les minorités du pays, la presse et les intellectuels. De l'autre côté nous avons des putschistes kémalistes, qui sont les mêmes. Sauf qu'ils sont garants de la laïcité. Lors du putsch de 1980, ces kémalistes ont prouvé qu'ils étaient les ennemis du prolétariat. En effet, ils ont interdit les grèves, les syndicats, toutes les organisations politiques. La répression était également féroce dans les usines ainsi que dans les universités où des groupes communistes révolutionnaires se développait rapidement.


La solution pour les peuples en Turquie ne peut venir d'Erdogan le sultan ou des putschistes. Mais bien du peuple qui se bat pour le peuple dans sa globalité avec une ferveur révolutionnaire.

 

Cem BAL pour le MJCF 67

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Rédigé par Union des étudiants communistes de Strasbourg

Publié le 9 Juillet 2016

Impunité pour les policiers du 17 mars : le sang sur les marches de la Fac de Droit de Strasbourg reste sans vérité ni justice !

Le 17 mars 2016, alors que les étudiants et lycéens en lutte contre la loi Travail voulaient tenir une Assemblée Générale unitaire à la Fac de Droit de Strasbourg, la répression avait été des plus sévères. La BAC et les policiers de la DDSP 67 étaient intervenus violamment pour empêcher l’entrée des manifestants dans les locaux, les poussant en bas des marches de la Fac et en utilisant sans merci gaz lacrymo et matraques. Cette répression avait provoqué plusieurs blessés, dont quatre camarades de la Jeunesse Communiste du Bas-Rhin qui avaient dû être hospitalisés.

Les jours suivants, deux d’entre eux avaient été convoqués par le Commissariat central de Strasbourg et auditionnés pour « Violences envers l’autorité publique, Acquisition, port, détention et transport d’armes, Violences sans ou avec ITT inférieure ou égale à 8 jours ». En effet, deux policiers ayant été « blessés » à la main pendant les affrontements, une plainte avait été déposée contre X. Lors de l’audience, notre camarade avait à son tour déposé plainte contre X pour les violences subies.

Le 20 juin 2016, le Parquet du procureur de la République a émis un Avis de classement pour la plainte de notre camarade :

Impunité pour les policiers du 17 mars : le sang sur les marches de la Fac de Droit de Strasbourg reste sans vérité ni justice !

Le mépris de cet Avis de classement est évident. Les vidéos, les photos et les témoignages des affrontements qui auraient pu mener à bien l’enquête ont pourtant été nombreux. D’ailleurs, tout au long de ces quatre mois de luttes contre la loi Travail, nous avons pu constater les talents de cinéastes des policiers, lorsqu’il s’agit bien sûr de filmer les manifestants (pour constituer les dossiers avec lesquels ils pratiquent des interpellations ciblées dans les cortèges ou après la fin des manifestations). Mais pendant les heurts du 17 mars, aucun policier filmait la déroulée des événements. Quand il s’agit de filmer les brutalités policières, la caméra n’est donc pas là. Nous estimons que cela n’est pas dû au hasard. L’excuse que l’arrivée de la police et leur intervention se soient faites dans la foulée n’est pas suffisante. Derrière ce non-respect de la procédure habituelle de la police, il y a probablement des choix bien précis, les autorités policières sachant en avance que leur arrivée sur les marches de la Fac avait une finalité violente. Le fait que les enregistrements soient utilisés exclusivement pour incriminer les manifestants et non pas pour établir les responsabilités des policiers, nous fait conclure que leur utilisation est politique. Tout comme politique est le choix d’avoir classé la plainte et de considérer l’enquête comme conclue alors qu’aucune audition de témoin a été réalisée (même pas des témoins qui avaient pourtant filmé et publié des vidéos des affrontements et qui auraient pu avoir d’autres éléments à rajouter). La volonté d’enterrer les responsabilités de la boucherie du 17 mars est donc à présent manifeste.

Nous n’oublions pas non plus le mépris des institutions universitaires, du président de l’Université de Strasbourg Alain Beretz et de son Conseil d’administration, qui ont autorisé l’intervention policière du 17 mars et qui ont essayé par la suite d’effacer leurs responsabilités tout sans vouloir dénoncer les violences commises. Nous n’oublions pas non plus le mépris des quelques associations étudiantes que, après avoir soutenu la loi Travail, ont salué l’intervention policière et la fermeture administrative du Palais U et du Patio lors de la même journée (ce qui, nous le rappelons, avait obligé les manifestants à replier sur la Fac de Droit), tout en accusant les manifestants de volontés d’occupation et de dégradations des locaux.

L’Avis de classement du 20 juin se rajoute à la longue liste des pratiques judiciaires répressives et méprisantes à l’encontre des militants strasbourgeois : interpellations arbitraires et placements en garde à vue, peines d’amendes et d’emprisonnement ferme ou avec sursis, interdictions de manifester... Pourtant, nous ne nous faisons pas d’illusions sur la justice de la bourgeoisie, une justice de classe qui sert les intérêts des dominants, de ceux qui veulent imposer la loi Travail et la casse sociale. Une justice qui déchaîne toute sa violence lorsque sa classe, la classe dominante, est menacée par une intensification des luttes sociales, telle que pendant le Printemps 2016.

La justice de classe sert à son tour à enterrer les responsabilités de la police de classe, notamment dans les brutalités contre les manifestants. Depuis le début des mobilisations contre la loi Travail, les forces répressives d’État ont utilisé tous les moyens pour empêcher l’amplification du mouvement. La police répond aux ordres d’un Ministère de l’Intérieur qui, en accord avec l’ensemble du gouvernement, frappe sa population pour la faire taire et réduire au silence sa colère. Le pouvoir politique est enfermé dans son rôle de défenseur des intérêts d’une classe capitaliste qui met son profit avant toute dignité humaine. Il utilise donc les forces de police pour faire passer ses lois de mépris social et la justice pour donner un semblant de légitimité à l’action de la police. Dans un tel scénario, nous n’attendons aucune justice véritable des institutions bourgeoises.

Le MJCF Bas-Rhin et l’UEC Strasbourg dénoncent le classement de l’enquête sur les violences du 17 mars : le sang sur le parvis de la Fac de Droit ne pourra jamais être classé. Nous continuerons à nous battre pour que vérité et justice soient établies pour la boucherie du 17 mars ainsi que pour tous les autres épisodes de répression. Nous nous déclarons solidaires une fois de plus avec nos camarades blessés et hospitalisés le 17 mars, qui en portent les séquelles encore aujourd’hui, ainsi qu’avec l’ensemble des interpellés de Strasbourg. À l’heure où les forces répressives montent en puissance, libérées de toute contrainte par le climat autoritaire instauré par le gouvernement à coup d’état d’urgence et 49.3, notre solidarité doit être des plus fortes. Face à la justice de classe, la riposte populaire est légitime et nécessaire ! Nous ne baisserons jamais les bras, une rentrée brûlante vous attends !

 

Mouvement des Jeunes Communistes du Bas-Rhin et Union des Etudiants Communistes de Strasbourg

Impunité pour les policiers du 17 mars : le sang sur les marches de la Fac de Droit de Strasbourg reste sans vérité ni justice !

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Publié le 4 Juillet 2016

Transport scolaire payant pour les collégiens : une nouvelle attaque contre l'égalité

Durant le Conseil Départemental de ce lundi 4 juillet, les élus bas-rhinois de droite ont adopté une nouvelle mesure antisociale. Cette fois, c'est au transport scolaire qu'ils ont décidé de s'attaquer. En effet, ils ont voté la fin de la gratuité du transport scolaire pour les collégiens ! Les familles devront désormais s'acquitter de la somme de 90 euros pour chaque année scolaire par enfant scolarisé au collège. Mais les élus du département, toujours soucieux de ne pas faire de jaloux, ont aussi décidé de s'en prendre aux lycéens. Pour ces derniers, les parents payaient jusqu'à présent 90 euros par an. Ils payeront désormais 135 euros par an !

Ces augmentations semblent importantes, mais elles le sont encore plus dès lors qu'on les applique à un exemple concret. Ainsi, pour des parents ayant un enfant scolarisé au collège et un autre scolarisé au lycée, ils devront débourser 135 euros de plus pour le même service. On imagine l'impact d'une telle dépense dans le budget d'une famille précaire...

En effet, les plus touchés par cette mesure honteuse sont les classes populaires puisqu'en plus d'avoir voté une augmentation des prix, aucune tarification solidaire n'a été mise en place ! Que l'on soit fils de patron ou fils d'ouvrier, on payera la même chose. Les élus du département semblent avoir une drôle de vision de l'égalité, qui fait pourtant partie de la devise de la République qu'ils sont censés servir...

En parallèle, ce sont tous les habitants du Bas-Rhin qui vont payer plus pour se déplacer, particulièrement ceux qui vivent dans les zones rurales : le prix du ticket des bus du département va passer de 2 euros à 2,50 euros. Encore une fois, les élus départementaux prennent le parti de l'Eurométropole et délaissent complètement les autres habitants du Bas-Rhin, qui payent toujours plus pour se déplacer alors que le service se dégrade année après année.

Le Mouvement des Jeunes Communistes du Bas-Rhin et l'Union des Etudiants Communistes de Strasbourg s'opposent fermement à cette mesure antisociale et dénoncent également l'attitude honteuse des élus socialistes, qui ont déclaré que la gratuité était une « hérésie » et qui ont donc appuyé le projet de la droite. Nous réclamons la gratuité totale des transports en commun, financée par de nouvelles cotisations patronales. L'argent existe, prenons le !

 

Mouvement Jeunes Communistes du Bas-Rhin et Union des Etudiants Communistes de Strasbourg

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Publié le 24 Juin 2016

Brexit : un coup salvateur porté à l'Union Européenne

Hier matin, tonnerre médiatique. Alors que, la veille au soir encore, toute l'élite médiatique européenne, de BHL aux éditocrates, affirmait que le remain l'emporterait, tout ce joli petit monde s'est pris une belle gifle hier matin. Et c'est jubilatoire. C'est jubilatoire de voir que les eurobéats, qui prétendent penser à la place du peuple, soient secoués par le peuple britannique.

En revanche, en tant que communistes, on peut légitimement s'interroger : que va changer cette sortie de l'UE, portée par des conservateurs, pour les classes populaires du Royaume-Uni et de l'Europe ?

 

Le traitement médiatique et politique de l'événement : un moment révélateur de la nature bourgeoise de l'UE.

Avant d'analyser le Brexit plus en détail, il est intéressant de revenir sur la façon dont cet événement a été perçu et analysé par la classe médiatique et la classe politique.

Du côté des médias, rien de vraiment surprenant : derrière des articles prétendument objectifs, il s'agissait d'établir un amalgame fallacieux et révoltant. En effet, on a vu fleurir les articles et les « analyses » montrant que les partisans du Brexit n'avaient rien compris à l'UE, qui était un outil formidable. Dès lors, les eurosceptiques étaient amalgamés avec les nationalistes, assimilés à une idéologie rétrograde et réactionnaire. C'est un phénomène qui n'a rien de nouveau. Déjà en 2005 lors du vote contre le TCE, tous les amalgames avaient été faits par une caste médiatique qui sentait que la légitime colère du peuple allait se retourner contre elle : des gens authentiquement de gauche se sont vus taxés de nationalistes, de populistes ou de menteurs. Ces assertions, souvent pauvres en argumentation et riches en insultes infondées, ont été le seul son de cloche médiatique.

Si l'avant est intéressant, l'après l'est tout autant. Aujourd'hui, tous les médias ont souligné à quel point ce résultat du vote sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE était dangereux. D'après eux, seul un parti est favorable au Brexit : le Front National. Dès lors, tous les partisans français du brexit et, plus largement, tous les eurosceptiques d'Europe se retrouvent une fois de plus associés à des crapules réactionnaires qui ne représentent absolument pas les aspirations populaires. C'est aussi dans les médias que le caractère profondément dictatorial de l'UE s'est révélé : le 22 Juin, l'éditorialiste Jean Quatremer déclarait, à propos d'un éventuel Brexit : « Pour éviter l'effet de contagion, il faut que le départ soit douloureux. » Comme pour la Grèce, on voit que l'UE est une construction bourgeoise et autoritaire : il ne faut pas remettre ses diktats en cause, sous peine de se faire corriger comme il se doit.

Pour ce qui est de la classe politique, le fait marquant est que la campagne du Brexit a révélé une chose : l'Europe de la paix, ça marche ! En effet, tous les eurobéats du continent, de Jérémy Corbyn à Nicolas Sarkozy, ont mis leurs divergences de côté pour clamer à l'unisson leur amour de l'UE. Une Europe de la paix donc, mais de la paix entre les puissants pour faire la guerre aux exploités.

 

Un brexit xénophobe et ultralibéral, vraiment ?

Après la victoire du Brexit, un autre élément a été avancé pour discréditer ses partisans, au Royaumee-Uni et ailleurs : puisque le référendum est à l'initiative de Cameron, et que le Parti Conservateur a mené une campagne xénophobe et libérale, c'est que tous les partisans du Brexit sont xénophobes et libéraux. D'une vivacité intellectuelle aussi déprimante que la triste union technocratique qu'ils s'obstinent à défendre, les opposants au Brexit n'ont donc rien trouvé de mieux que la reductio ad hitlerium (procédé rhétorique consistant à taxer son adversaire de fasciste pour contourner tout débat).

Face à cela, pourtant, des arguments et des faits tangibles existent pour montrer qu'une frange non négligeable du peuple de gauche et des classes populaires s'est mobilisée en faveur du brexit. Certes, une part importante des électeurs qui ont opté pour le Out l'ont fait sur des bases xénophobes et libérales. Mais ce fait indéniable ne doit pas masquer qu'une partie toute aussi importante de la gauche s'est mobilisée pour une sortie de l'UE.D'une part, il faut rappeler que les Travaillistes et les syndicats étaient divisés sur la question. Si la direction du Labour, menée par le social-démocrate Jérémy Corbyn, a évidemment fait campagne pour le Remain, un réel débat a eu lieu, et plusieurs responsables locaux du Labour ont signé un appel de gauche en faveur du Brexit. De même, la question a divisé le monde syndical : certaines centrales ont appelé à se mobiliser contre le Brexit, d'autres non.

D'autre part, le Parti Communiste Britannique et son organisation ont fait campagne pour le Brexit. Plutôt que d'analyser la situation à leur place, mieux vaut les citer : leur communiqué suite aux résultats du référendum parle de lui-même. « Les résultats du référendum sont une claque pour la classe capitaliste britannique et ses alliés impérialistes de l'UE, des Etats-Unis et du FMI. » Pour les camarades britanniques, le Brexit n'est pas une fin en soi. Ils sont conscients que les suites politiques immédiates du Brexit seront faites de libéralisme et de conservatisme. Mais ils sont aussi honnêtes envers le peuple : si l'on veut construire une politique de progrès social, la sortie du carcan européen est un préalable indispensable.

En outre, la sociologie électorale du Brexit est intéressante, dans la mesure où les classes populaires ont majoritairement voté en faveur d'une sortie de l'UE. A Londres par exemple, ce sont les quartiers populaires de l'est où l'on enregistre les scores les plus hauts contre l'UE.

 

Un événement révélateur des contradictions de la gauche radicale

C'est ce positionnement qui devrait être adopté par l'ensemble des communistes européens. En effet, à l'occasion du référendum sur le brexit, la gauche radicale européenne a été mise face à ses propres contradictions.

Dans le traitement médiatique d'abord. Un manque de pluralisme s'est vu dans la presse communiste, dans l'Humanité notamment. Un débat sur le brexit y était organisé. Y participaient une responsable communiste française anti Brexit, une députée travailliste anti Brexit, et un intellectuel anti Brexit... Contre un seul pro Brexit. Drôle de vision du pluralisme, alors même que la question européenne est au cœur de nombreux débats à gauche actuellement.

Le plus inquiétant est surtout de voir les réactions des partis de gauche radicale à l'annonce des résultats : le PCF s'est inquiété de la montée de la xénophobie, en continuant à appeler de ses vœux une Europe sociale qui n'existera jamais ailleurs que dans son programme électoral. Ils ne veulent pas voir la nature de classe de l'UE : forte avec les faibles, faible avec les forts. D'où l'écrasement du gouvernement Tsipras. S'inquiéter d'une montée du libéralisme et de la xénophobie parce qu'un pays sort de l'UE est une ineptie. La Hongrie a-t-elle eu besoin de sortir de l'UE pour bâtir un mur contre les migrants et afficher son intention de ficher les Juifs ? La France a-t-elle eu besoin de sortir de l'UE pour lancer la loi Travail ? Au contraire, la Loi Travail est une émanation directe des institutions européennes !

 

En somme, voici les leçons à tirer du brexit. Il n'est qu'une étape, certes minime mais indispensable, pour mener une politique de rupture avec le capitalisme. Mais il doit amener les partis communistes des autres pays à mener un sérieux travail de réflexion sur ce qu'est l'UE pour envisager une sortie par la gauche de celle-ci. C'est à cette condition seulement que le FN reculera, et que les classes populaires reviendront dans le giron de la gauche communiste. 

 

Julien Rock pour l'UEC Strasbourg

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Rédigé par Julien Rock

Publié le 22 Juin 2016

Pour la défense des rattrapages, contre la sélection à la fac

Fidèle à sa réputation de récidiviste, le Ministère de l'éducation nationale a une fois de plus démontré son talent à rattraper un échec par un autre. En effet, le procès de 2013 contre l'université de Strasbourg pour la mise en application de la loi sur les droits des étudiants aux rattrapages ne sera plus qu'un lointain souvenir avec la nouvelle note ministérielle. Cette dernière en effet appelle les facultés françaises à expérimenter dès la rentrée 2016/2017 et pendant 3 ans un nouveau système d'évaluation, qui consisterait à renforcer l’évaluation continue intégrale (ECI) tout en supprimant la session de rattrapages, le système d'évaluation d’aujourd'hui étant perçu comme « hybride ».

 

L’évaluation continue intégrale et les arguments du Ministère

Ces mesures, établies loin de la réalité de la vie quotidienne des étudiants, renforcent une fois de plus l'inégalité des chances de réussir entre les étudiants de tous horizons et de tous profils. Cette nouvelle note ministérielle, dont les modalités d’applications restent encore floues à ce jour, oblige dès maintenant les Conseils d’UFR à organiser un vote d'application pour la rentrée 2016/2017. Le renforcement de l'évaluation continue intégrale implique de manière générale un minimum de 3 épreuves pour les UE majeures et de 2 épreuves pour les mineurs. A cela s'ajoute un équilibrage des coefficients des examens, ce qui supprime le concept de l'épreuve finale. Tous ces rajouts conduiront évidemment à une déconcentration du calendrier universitaire, et donc une année un peu plus longue. Cette expérimentation prévoit une « épreuve de substitution » pour les étudiants absents aux épreuves, et ce sous présentation d'un justificatif.

Les arguments avancés par le Ministère vont clairement dans une logique d'entrave à la réussite pour les étudiants ne bénéficiant pas d'une situation leur permettant de s'impliquer tout au long de l'année. Selon le Ministère, cette expérimentation conduirait à une meilleure implication des étudiants au cours de l'année, ainsi qu'à une économie sur les rattrapages, qui font l'objet d'un fort absentéisme et d'un taux de réussite relativement bas. Le but serait donc d’arriver à une augmentation du taux de réussite et à un plus grand nombre de compétences acquises.

Une fois de plus les coupes budgétaires dans l'ESR démontrent une logique de sélection qui ne va pas dans le sens du discours idéologique du Ministère : « Ouverture de l'enseignement supérieur au plus grand nombre et préparation au monde de demain », ainsi que « Réussite pour tous »1. Alors qu'au contraire, sous le prétexte de la revalorisation du diplôme, la seule réponse trouvée est la sélection.

 

Le droit à la réussite pour tous remis en cause

Cette « sélection naturelle » imposée par le Ministère découle d'une politique d’austérité présente depuis des nombreuses années dans l’enseignement supérieur. Sous excuse de gain de temps et d'argent, le Ministère entend supprimer le droit fondamental aux rattrapages, qu’auparavant permettait d'harmoniser les chances de réussite pour tous. Considérée comme bonus, la session de rattrapages est un outil de protection pour l'étudiant afin de réduire les inégalités d'application de l'ECI entre les différentes composantes, les différentes UE et les différents enseignants. De plus, c'est aussi un réel outil pédagogique qui permet d’apprendre de ses erreurs, et qui n'est pas incompatible avec l'accompagnement pédagogique que pourrait offrir l'ECI. Le problème de l’application de l'ECI est qu'elle remet en cause le droit à la réussite pour les étudiants qui pourraient se retrouver en situation de difficulté. En effet, les étudiants salariés, les étudants précaires, bénéficieront certes d'une épreuve de substitution, mais étant donnée l'impossibilité pour eux d'assister à toutes les épreuves au cours de l'année, ils se retrouveront face à une épreuve finale sans deuxième chance.

Beaucoup d'enseignants pourraient prétendre qu'un redoublement n'est pas une fatalité, cependant les conséquences financières, sociales et psychologiques sont bien réelles. Cette énergie investie dans la destruction de nos formations serait plus utile dans un combat contre les inégalités sociales qui sont, de manière directe ou indirecte, un des principaux frein à la réussite. Une fois n'est pas coutume de demander l'avis des personnes directement concernées, mais une fois de plus il semblerait que la note ministérielle sera approuvée par les Conseils d’UFR contre l'avis général des étudiants.

 

Les alternatives existent, le combat continue !

D'autres solutions pourraient être avancées afin de régler les problèmes que posent les rattrapages. L'absentéisme, que selon le Ministère coûterait trop d'argent, pourrait être réglé par des épreuves prenant différentes formes, telles que des oraux ou des dossiers. L'accompagnement pédagogique pourrait prendre d'autres formes comme la solidarité ou le tutorat. Aussi, il faudrait garantir l'invalidité des UE qui ne respectent pas l'ECI. La sécurité des étudiants devrait être garantie par la création de commissions d'accompagnement pour des rattrapages conditionnels, ainsi que par un accompagnement ciblé et une véritable analyse de chaque situation par le jury.

Face à l’atteinte portée contre le droit aux rattrapages, une mobilisation immédiate des étudiants est nécessaire. Nous ne sommes pas naïfs et nous resterons vigilants face à cette nouvelle mesure qui s’annonce depuis longtemps comme l’ennemie des étudiants des classes populaires.

Nous lançons l'alerte à tous les étudiants de faire barrage à cette nouvelle réglementation. Nous félicitons nos camarades élus aux Conseils d’UFR que, comme à la Faculté de Géographie de Strasbourg lors de la réunion de vendredi 17 juin, portent la voix des étudiants et défendent leurs exigences. Nous les encourageons à continuer le combat dans chaque UFR même après la mise en application de cette nouvelle mesure de sélection. Ensemble, nous pouvons faire reculer le Ministère !

 

Union des Etudiants Communistes de Strasbourg

 

1Site du ministère de l'enseignement supérieur : http://m.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid76975/la-strategie-nationale-de-l-enseignement-superieur-stranes.html

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Publié le 21 Juin 2016

Photos : Feuille de ChouPhotos : Feuille de ChouPhotos : Feuille de Chou

Photos : Feuille de Chou

Durant le week-end des 11 et 12 juin, plusieurs personnes participant au mouvement social contre la loi Travail se sont vu notifier des interdictions d’être présentes à Paris à la manifestation du 14 juin et dans le quartier de République, basées sur l’article 5-3° de la loi sur l’état d’urgence.

À Strasbourg aussi, une manifestante a reçu dimanche 12 juin une interdiction de séjour à Paris. Cet arrêté est choquant. Il vient appuyer l’acharnement policier et administratif dont cette militante est victime depuis son arrestation brutale le 09 avril à Strasbourg, en fin de manifestation. Les conditions de cette arrestation avaient déjà, à juste titre, indigné et choqué les manifestant.e.s et passant.e.s témoins de cette scène. Elles ont été dénoncées par plusieurs groupes politiques et syndicaux.
Les chefs d’accusation retenus contre cette manifestante pour justifier l’arrestation musclée n’avaient dès le début rien en commun avec les faits s’étant déroulés place Kléber.
De plus, dès les premières heures de garde à vue, jusqu’à moins d’une semaine avant la première audience, les chefs d’accusations ont été modifiés et amplifiés, ce qui a eu pour conséquence le renvoi du procès au 15 septembre.

Fonder une interdiction de manifester sur des accusations sans que le procès n'ait eu lieu, c’est ignorer la présomption d’innocence.

L’arrêté d’interdiction de manifestation mentionne explicitement que la militante « a été remarquée, à de nombreuses reprises, lors de manifestations contre, notamment, les violences policières et le projet de réforme du code du travail ». Est-il interdit de se mobiliser et d’exprimer son indignation face à la loi travail et à la brutalité de la répression ?

Rappelons que le 16 mai dernier, le référé-liberté avait mené à l’annulation de 9 interdictions de manifester sur 10, et que le juge administratif avait relevé à cette occasion que les interdictions constituent une « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’aller et venir et à celle de manifester ».

L’arrêté a été notifié à la camarade le dimanche 12, soit deux jours avant la manifestation du 14 juin, laissant ainsi un délai évidemment trop court pour tenter une quelconque tentative de recours, lui permettant de participer à la manifestation parisienne !

Ces interdictions de manifester sont la conséquence directe de l’instauration de l’état d’urgence, qui sous couvert d’assurer la sécurité contre la menace terroriste, restreint le droit de manifestation, et permet de réprimer le mouvement social. C'est pourquoi, nous continuons à demander la levée immédiate de l'état d'urgence.

Nous, organisations politiques, syndicales et associatives, qui luttons depuis de nombreux mois contre la loi travail et la criminalisation de l'action militante, condamnons cette interdiction de manifester qui témoigne de l'acharnement répressif que subit la camarade depuis son arrestation le 9 avril dernier et nous déclarons en solidarité avec elle.

ÉTAT D’URGENCE, ÉTAT POLICIER, ON NE NOUS EMPÊCHERA PAS DE MANIFESTER !

 

Signataires :

Attac Strasbourg, CAL Alsace, CGT 67, CNT TAS Alsace, Défense Collective Strasbourg, Ensemble Strasbourg, FO 67, FSU 67, Jeunes Écologistes Alsace, MJCF 67, Mouvement Anarchiste Révolutionnaire, NPA 67, NPA Jeunes Strasbourg, PCF 67, SNESUP-FSU Université de Strasbourg, Solidaires Alsace, STP 67, SUD Éducation Alsace, UEC Strasbourg, UJFP 67, UNEF Strasbourg.

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Publié le 17 Juin 2016

Photo : DNA

Photo : DNA

La situation de l’abattoir d’Holtzheim dans la crise de l’agro-alimentaire français

La Coopérative des producteurs de viandes d’Alsace (Copvial SA), locataire de l’abattoir d’Holtzheim, est en redressement judiciaire depuis le 25 avril 2016 pour les difficultés financières cumulées (retards dans le paiement des producteurs de porcs et bovins, déficit de l’atelier charcuterie, cotisations sociales impayées, concurrence des abattoirs allemands qui font chuter les prix du porc...). Le 14 juin, le groupe Bigard a déposé une offre de reprise pour « restaurer la rentabilité de l’abattoir » et « réaliser des investissements ». Sur la validation de cette offre, la chambre de commerce du Tribunal de Grande Instance de Strasbourg s’exprimera le 20 juin. Mais une fois de plus, rentabilité ne rime pas avec conditions de travail : sur les 180 salariés actuels de l’abattoir, Bigard n’en reprendrait que 80 ou 90. Une centaine de licenciements seraient donc à l’ordre du jour dans le plan du géant de la filière viande. Notamment, il s’agirait majoritairement des salariés de l'atelier de transformation de Reichstett, destiné à la liquidation après seulement deux ans depuis sa reprise par Copvial SA.

Cet épisode se place dans un contexte plus large que les 10 ans de crise de la filière viande alsacienne. La crise des abattoirs est un des effets de la crise du secteur agro-alimentaire français. La gestion privée des abattoirs et leur course à la rentabilité n’ont su porter pour l’instant que des conditions sociales au rabais : gels de salaires face aux augmentations des cadences, primes d’ancienneté et de treizième mois à la baisse face à une souffrance physique et morale en augmentation, fermetures de sites et suppressions d’emplois (entre 2010 et 2016 en Côtes d’Armor à Lamballe, en 2010 dans le Finistère à Brest, en 2012 dans l’Aude à Castelnaudary, en 2013 dans les Hautes-Pyrénées à Tarbes, en 2016 dans le Gers à Auch et dans le Finistère à Pont-Croix...). L’emprise du secteur privé dans l’agro-alimentaire a porté enfin le mépris pour les garanties sanitaires et éthiques dans l’abattage des animaux.

Les emplois des abattoirs, de l’élevage local ainsi que les conditions d’abattage ne sont pas préservés dans un contexte où les trusts de l’agro-alimentaire et de la grande distribution réalisent des énormes bénéfices en pillant les producteurs et n’hésitant pas à délocaliser en permanence à la recherche d’une meilleure rentabilité, mettant en concurrence les territoires agricoles les uns contre les autres. Les mouvements de grève entamés récemment par les travailleurs de l’agro-alimentaire pour la défense de leurs emplois ont fait l’objet de l’acharnement répressif des grands groupes : citations en justice, flicage des salariés, interdictions de l’accès aux salles de pause et parking, entraves au droit de réunion...

La vidéo des grévistes de l’abattoir de Lamballe, réouvert en 2012 par l’entreprise Cooperl Arc Atlantique à deux ans de la fermeture imposée par Bigard, fait le buzz sur internet car explique le quotidien de souffrance et mépris vécu par ses travailleurs : https://www.youtube.com/watch?time_continue=196&v=FTP-fv8vtY4

 

Ni Bigard ni les trusts de l’agro-alimentaire sauveront la filière viande alsacienne

Lorsqu’on analyse les circonstances des fermetures des abattoirs, on retrouve les mêmes acteurs et les mêmes scenarii : des municipalités ou collectivités locales qui ont « offert » à des entreprises privées des abattoirs alors en régie municipale, versant des subventions publiques pour attirer le secteur privé et le convaincre à s’installer dans la région. Ces subventions ont été parfois très conséquentes, ce qui a permis aux groupes privés la rénovation de l’appareil de production, entraînant des profits importants. Puis, par incompétence des gestionnaires, on assiste à une chute de production (pas d’entretien de la clientèle, actions privilégiées pour des profits à court terme, etc.), qui aboutit inéluctablement à un constat de perte, puis aux licenciements et enfin, à la fermeture des sites.

Le groupe Bigard n’est pas étranger à cette démarche. Il à déjà montré par le passé son mépris des conditions d’emploi et de la dignité des travailleurs. En septembre 2010, alors qu’en plein essor financier il rachetait le groupe Socopa, Bigard a réussi à obtenir la fermeture de l’abattoir de Lamballe et à licencier les 80 salariés du site avec des méthodes douteuses, dans la finalité de mettre en oeuvre ses projets de restructuration rentable de sa filière veau. L’excuse officielle a été celle de « faute grave » : des prétendus « insultes à la hiérarchie » de la part des ouvriers. Cela a permis dans un premier temps de cacher le motif réel de licenciements économiques. Même sur la procédure de licenciement en tant que telle, Bigard avait tenu une attitude plus qu’opaque : entretiens préalables au licenciement fixés oralement par la direction, envoi aux salariés de lettres recommandées ne comportant qu’une feuille blanche à signer en bas...

Malgré sa leadership dans la filière viande en France, Bigard n’a jamais arrêté ses appétits et ses manoeuvres frauduleuses pour conserver ses profits. Lors de la vente de sa marque Valtero, le groupe Bigard a été condamné en 2012 à verser une amende d’1 million d’euros pour le non-respect des engagements qu’il avait pris auprès de l’Autorité de la concurrence et pour avoir « par diverses pratiques, retiré tout l’intérêt à la marque Valtero » avant sa vente. Par la suite, pour avoir tenté de mettre au point des accords (illicites) avec d’autres groupes pour fausser la concurrence quant aux prix d’achat aux éleveurs, Bigard a été condamnée à payer une amende d’1,7 millions d’euros par l’Autorité de la concurrence en 2013 pour « fixation concertée des quantités de porc achetées, dans le but de faire baisser le prix du porc payé aux éleveurs ». Enfin, en pleine crise des éleveurs en 2015, Bigard s’est lancé dans une campagne contre le projet du gouvernement français de fixer un prix minimum pour l’achat de viande de porc pour garantir un revenu minimum aux éleveurs.

Or, y a-t-il des raisons de se réjouir d’une éventuelle arrivée du groupe Bigard dans l’agro-alimentaire alsacien ? Et bien non. Son arrivée se fait déjà sur un projet d’une centaine de licenciements entre Holtzheim et Reichstett. Le rôle des grands groupes comme Bigard dans le contexte de crise de l’agro-alimentaire français a été de réaliser les plus grandes bénéfices profitant des restructurations de filière et des délocalisations. La reprise de l’abattoir d’Holtzheim par Bigard ne serait en aucun cas une garantie de pérennisation de la production et des emplois du plus gros abattoir de la région (abattage de 2/3 de la production régionale de viande). Rappelons que si Bigard n’arrivait pas à maintenir en activité le site d’Holtzheim, à terme les éleveurs alsaciens n’auraient d’autre choix que d’aller en Allemagne ou dans le Loiret pour l’abattage du bétail, provoquant des coûts supplémentaires et renforçant ainsi la crise dans la filière. Enfin, ses condamnations par le passé parlent par eux-mêmes et décrivent une société privée qui réalise ses profits sur le mépris de ses salariés, des éleveurs et des conditions économiques des régions qu’elle investit pour les délaisser quelques années après, laissant derrière son passage des déserts agricoles.

 

Les alternatives existent : l’exemple de l’abattoir de Pont-Croix

Pourtant, les solutions alternatives pour la crise des abattoirs existent. Le cas de l’abattoir de Pont-Croix dans le Finistère est marquant. Après une longue crise et la menace de fermeture du site, ce dernier a été sauvé par le Syndicat Intercommunautaire d’Ouest Cornouaille en mars 2016, réunissant quatre Communautés de communes autour du projet de relance de l’abattoir par une régie publique. Un investissement d’1 million d’euros a été réalisé pour relancer l’activité et garantir l’emploi. La mobilisation des salariés de l’abattoir et des communistes de Cap Sizun a permis aux communes de clarifier un constat qui était pourtant évident dès le départ : permettre la fermeture de l’abattoir aurait signifié un appauvrissement de la région, une accéleration de la disparition des exploitations agricoles, une situation de chômage pour nombre de salariés et une réduction des ressources fiscales des communes.

 

Pour l’abattoir d’Holtzheim, reprise publique et gestion démocratique

Le MJCF 67 et l’UEC Strasbourg estiment que l’offre de rachat de l’abattoir d’Holtzheim par Bigard envisage un volet social inacceptable, préfigurant des conditions de travail au rabais et des suppressions d’emplois, imposant donc le chômage pour nombre de salariés. Seule une reprise publique de l’abattoir en tant que service public, garanti par une mutualisation des colectivités locales, pourrait créer les conditions de maintein de l’emploi ainsi que les conditions pour un contrôle transparent et démocratique des pratiques d’abbatage du bétail. La finalité d’un tel service public devrait viser le développement d'une agriculture de proximité et de circuits courts, conformes aux intérêts des éleveurs et des consommateurs, nécessaire à la vitalité du territoire et au maintien de l'emploi.

La dérive mangériale actuelle des collectivités locales alsaciennes, et en particulier de Strasbourg Eurmétropole, est l’entrave principale à un tel projet de sauvegarde de l’emploi agro-alimentaire et leur non-intervention ne fait que jeter l’avenir du secteur dans les bras des trusts privés. Seule une mobilisation des travailleurs d’Holtzheim et de Reichstett pourra imposer une solution « par le haut », garantir l’emploi pour tous, pérenniser le secteur agro-alimentaire de la région et obtenir des nouveaux contrôles des conditions d’abattage. 

 

Mouvement des Jeunes Communistes du Bas-Rhin et Union des Etudiants Communistes de Strasbourg

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Publié le 13 Juin 2016

Grève chez Federal-Mogul, site de Schirmeck (photo : PCF 67)

Grève chez Federal-Mogul, site de Schirmeck (photo : PCF 67)

Depuis mercredi soir, les travailleurs du site de Schirmeck de la multinationale d'équipement automobile Federal-Mogul sont en grève reconductible. Ils dénoncent le "plan de sauvegarde de l'emploi" (PSE) qui est actuellement en cours de négociations entre la direction de l'entreprise et les représentants des salariés. Un PSE qui n'est rien d'autre qu'un plan de licenciements qui toucherait 27 travailleurs du site de Schirmeck.

Par la grève, les 270 travailleurs de Federal-Mogul de Schirmeck affirment leur solidarité avec les personnes concernées par le PSE et défendent leur emploi ainsi que la survie d'un des derniers sites industriels dans la Vallée de la Bruche. Nombre d'exemples antérieurs montrent qu'un plan social dans une entreprise n'est que la première étape vers la fermeture totale d'un site ou de sa délocalisation. Un scénario catastrophique non seulement pour les salariés mais aussi pour la Vallée, qui serait ainsi vouée à devenir un désert industriel où chômage et précarité seront la règle.

Le MJCF 67 et l'UEC Strasbourg affirment leur soutien aux travailleurs de Federal-Mogul : la grève reste le moyen le plus puissant pour empêcher l'application des licenciements économiques. Il est plus que jamais nécessaire de contrer les directions d'entreprises qui restructurent leurs activités en fonction de leurs perspectives de profit sans prendre en compte les conditions de vie et d'emploi de ceux qui produisent véritablement les richesses, les travailleurs.

 

Mouvement Jeunes Communistes du Bas-Rhin et Union des Etudiants Communistes de Strasbourg

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Publié le 13 Juin 2016

19 mai, barrage filtrant et opération escargot à Haguenau pour le retrait de la loi Travail (photo : Solidaires Alsace)

19 mai, barrage filtrant et opération escargot à Haguenau pour le retrait de la loi Travail (photo : Solidaires Alsace)

Lucette Hohmann, secrétaire de l’Union Locale CGT d’Haguenau, a été récemment convoquée au Commissariat d’Haguenau et mise en cause par la police. Sa faute ? Avoir organisé une manifestation sur la voie publique sans autorisation préalable et avoir participé à des actions entravant la circulation de véhicules sur la voie publique. Les faits remontent à l’opération de « barrage filtrant » dans la zone industrielle de Schweighouse-Haguenau, suivie d’une « opération escargot » sur l’autoroute en direction de Strasbourg, dans le cadre de la journée de grève du 19 mai pour le retrait de la loi Travail.

À travers la mise en cause de Lucette, les pouvoirs publics manifestent une fois de plus leur volonté de criminaliser les luttes sociales et d’intimider les participants pour provoquer un essoufflement du mouvement. En effet, d’autres convocations de militants syndicaux ayant participé au barrage filtrant et à l’opération escargot du 19 mai auront probablement lieu dans les prochains temps, alors qu’au moins une personne a déjà eu une amende avec suspension de permis de conduire à l’occasion de la même manifestation.

Mais le 19 mai, nous étions plusieurs centaines, syndicalistes, étudiants et lycéens mobilisés contre la loi Travail à Haguenau. Nous étions à côté des salariés des sites d’Alstom, Siemens, Usocome, Schaeffler et Hager en grève pour la défense de leurs conditions de travail et contre l’utilisation du 49.3 pour forcer le passage de l’enième loi anti-sociale. Si Lucette est coupable, alors nous le sommes tous !

 

Le MJCF 67 condamne la mise en cause de Lucette Hohmann et appelle à l’arrêt des poursuites pour tous les manifestants inculpés lors des mobilisations contre la loi Travail.

Nous n’oublions pas non plus les intimidations subies par les élèves des lycées Siegfried et Schuman d’Haguenau lors de la mobilisation du 24 mars dernier contre la loi Travail, quand les proviseurs des deux lycées ont utilisé tous les moyens de pression pour obliger les lycéens à aller en cours et ne pas se rendre à la manifestation.

Nous réaffirmons que face à la remise en cause des droits des travailleurs et de la jeunesse et au déni de démocratie du 49.3, la lutte est légitime : ce ne seront pas les intimidations de la police et des administrations des établissements scolaires qui nous feront reculer !

 

Mouvement des Jeunes Communistes du Bas-Rhin - Union de ville de Haguenau

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