Tentative de coup d’État en Turquie : Erdogan se rapproche de son rêve autocratique

Publié le 18 Juillet 2016

Tentative de coup d’État en Turquie : Erdogan se rapproche de son rêve autocratique

En Turquie, dans la nuit du 15 au 16 juillet, a eu lieu une tentative de coup d’État par une partie de l'armée à priori kémaliste. C'est dans un contexte sécuritaire tendu que dans les rues d'Istanbul et d'Ankara les putschistes ont déployé des chars, des hélicoptères et même des avions volant à basse altitude. Très rapidement le siège des services secrets turcs (MIT) à Ankara a été attaqué par un ou plusieurs hélicoptères, ainsi que le parlement et le palais présidentiel où les gardes auraient été neutralisées. Le chef de l’État major a été pris en otage, la chaîne de télévision TRT World a été évacuée par les soldats ainsi que d'autres chaînes publiques. L'armée putschiste a annoncé avoir pris le pouvoir pour « faire respecter les droits de l'homme », elle a déclaré la loi martiale et un couvre-feu, bloqué internet ainsi que les aéroports internationaux et annoncé qu'une nouvelle constitution était en cours de rédaction. Le gouvernement légitime turc a suspecté le mouvement Gulen d'être les responsables du putsch, mais le mouvement a condamné la tentative de coup d’État. Le président turc a demandé l'asile politique à l'Allemagne, qui a refusé, puis au Royaume-Uni. La situation dans le pays était extrêmement confuse et beaucoup d'informations étaient contradictoires. C'est alors que le président Erdogan a décidé de prendre la parole via son téléphone sur la chaîne CNN Turk et demander à ses partisans de descendre dans la rue et d'empêcher le coup d’État dont il était victime sans tenir compte du couvre-feu. Les partisans du président islamo-conservateur se sont lévés en masse partout en Turquie et même en Europe , notamment à Bruxelles, Paris, Strasbourg etc... au cri de « Tekbir Allah Ekber » pour empêcher le coup d’État militaire. De manière étonnante nous trouvons une armée conciliante face à la foule. Dans les grandes villes turques des chars de combat ont reculé face aux manifestants, certains en prenant même possession. L'armée mise à part sur le Bosphore s'est refusée de tirer sur la foule comme elle l'aurait fait en 1960, 1971 ou 1980. Obama a donné finalement son soutien à son homologue turc tard dans la soirée. Plus le temps passait, plus les putschistes se rendaient et cela jusqu'au petit matin. Cependant cela ne suffisait pas aux partisans d'Erdogan. En effet, beaucoup de soldats ont été lynchés, certains sur le Bosphore on été jeté du pont et l'un d'entre eux a été égorgé.
Au total, les affrontements de la nuit ont fait 90 morts et 1.154 blessés. 700 militaires se sont rendus, 29 colonels et 5 généraux ont été démis de leurs fonctions.


L'échec du coup d’État militaire, à part ressembler à un simulacre, est présenté par Erdogan, qui est aux manettes du pays depuis 13 ans, et par ses partisans comme une victoire de la démocratie. Mais malheureusement le seul vainqueur est Erdogan, qui solidifie son pouvoir intérieur avec cette tentative de putsch. Le président turc va enfin pouvoir finir les purges qu'il avait commencé au sein de l'armée. La Turquie vie depuis quelques années un fort recule démocratique avec des attaques de son président et de son rêve autocratique. Le pays se retrouve au 151ème rang mondial du classement de la liberté de la presse. Des journalistes sont régulièrement arrêtés, accusés de « propagande terroriste » pour avoir critiqué le sultan Erdogan. Mais ça ne s'arrête pas là : en mai 2016 les députés ont voté le levé de l'immunité parlementaire des cinquante et un des cinquante-neuf députés du HDP. Avoir été choisi par la majorité ne peut pas justifier le non-respect de la liberté de la presse, le non-respect des autres forces démocratiques, les persécutions des minorités religieuses, le nettoyage ethnique dans l'est du pays et le soutien à des organisations terroristes. Albert Camus disait « La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ». Mais cette phrase est sans doute trop compliqué pour les partisans d'Erdogan dont les seuls mots qu'ils retiennent sont « Tekbir Allah Ekber ».


Le coup d’État aurait-il été préférable ? Non, en aucune façon. D'un côté nous avons Erdogan qui se veut seul maître en Turquie, islamisant la société de manière progressive en faisant reculer la laïcité, persécutant les minorités du pays, la presse et les intellectuels. De l'autre côté nous avons des putschistes kémalistes, qui sont les mêmes. Sauf qu'ils sont garants de la laïcité. Lors du putsch de 1980, ces kémalistes ont prouvé qu'ils étaient les ennemis du prolétariat. En effet, ils ont interdit les grèves, les syndicats, toutes les organisations politiques. La répression était également féroce dans les usines ainsi que dans les universités où des groupes communistes révolutionnaires se développait rapidement.


La solution pour les peuples en Turquie ne peut venir d'Erdogan le sultan ou des putschistes. Mais bien du peuple qui se bat pour le peuple dans sa globalité avec une ferveur révolutionnaire.

 

Cem BAL pour le MJCF 67

Rédigé par Union des étudiants communistes de Strasbourg

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