« Tout ce qui est solide se dissout en l’air » : la fin du « miracle » brésilien et l’offensive des conservateurs

Publié le 8 Novembre 2016

« Tout ce qui est solide se dissout en l’air » : la fin du « miracle » brésilien et l’offensive des conservateurs

Mais que s’est-il passé au Brésil ? Les journaux du monde entier donnent à voir un pays qui traverse une profonde crise politique et économique avec comme expression plus visible le coup d’Etat institutionnel contre la présidente Dilma Rousseff. Mais comment ce même Brésil, qu'il y a quelques années était pris comme exemple de développement économique et social, devenu aussi entre temps chouchou des institutions internationales comme la Banque mondiale et le FMI, finit par entamer cette descente aux enfers ? Telle est la question que se posent énormément de gens en France et ailleurs. Pour apporter des pistes plutôt que des réponses il nous faudra faire un peu d’histoire.

Le Brésil de Lula et Dilma Rousseff, et du Parti des travaileurs (PT), part à la conquête du XXIème siècle avec l’élection au poste de président de la république du premier. Son ascension au pouvoir en 2003 suscite de nombreux espoirs dans les milieux de gauche brésiliens. Lula, ouvrier dans la métallurgie, né au sein d’une famille très pauvre du nord-ouest du pays, devient le premier « homme du peuple » à arriver au pouvoir dans un pays marqué par de fortes inégalités sociales. Son parti, le PT - parti de Dilma Rousseff - résulte des luttes de la décennie de 1980 et du retour à la démocratie (le Brésil avait vécu sous une dictature militaire de 1960 à 1980). Expression d’une « nouvelle gauche », le PT naît de plusieurs contradictions de la société brésilienne mais aussi des événements au monde (crise des pays de l’Est, fin de l’URSS, chute du mur de Berlin). Son projet politique combine une participation à la démocratie des riches avec la défense de certaines revendications du peuple (santé publique, éducation publique, souveraineté face aux Etats-Unis). Le PT est un parti de notre temps, idéologiquement fragile, erratique, conciliateur.

Les oscillations entre la défense de certaines demandes populaires et les mesures conservatrices sont l’expression qui caractérise le mieux la décennie Lula et les années Dilma Rousseff. L'ex-présidente, tout comme l’a fait Lula, a fondé son gouvernement sur des alliances fragiles avec les partis conservateurs et a gouverné de façon erratique, en répondant à certaines demandes des pauvres, tout en prenant des mesures généreuses vis-à-vis des plus riches. On a assisté ainsi à des programmes de combat contre la pauvreté, de l’expansion de l’université publique, mais aussi à la privatisation des aéroports, aux Jeux Olympiques faits sur mesure pour plaire aux multinationales et à la FIFA, et à la répression de plus en plus vive des mouvements sociaux et des partis de gauche. Mais comment cette dynamique si contradictoire a-t-elle pu se maintenir dans le temps ?

La réponse se trouve dans la crise économique qui sévit aujourd’hui au Brésil comme dans le reste du monde et qui détruit les bases fragiles sur lesquelles se sont reposés les gouvernements de Lula et de Dilma Rousseff. Le double jeu auquel a joué le PT pendant presque 15 ans avait pu se maintenir grâce à la croissance économique et à la conjoncture favorable. Lorsque les bons moments le permettaient, Dima et Lula faisaient des concessions aux travailleurs, tout en maintenant leur énorme générosité vis-à-vis des plus riches. La crise frappant très forte le géant aux pieds fragiles, dont l’économie dépend largement des exportations agricoles, le soutien au PT s’est vite délité. Les concessions au peuple sont devenues de plus en plus rares et les cadeaux aux patrons de plus en plus présents. C’est à cet instant que les grandes manifestations de rue de l’année 2013 se situent. Ce qui se passe après, c’est une rapide descente aux enfers du PT avec les accusations de corruption, la perte de soutien à gauche comme à droite et l’articulation du coup d’Etat institutionnel. Le coup de grâce est donné par les riches, anciens amis de Lula et de Dilma, tous rassemblés dans les partis de droite comme le PMDB et le PSDB (sociaux-démocrates). Comment doivent se positionner les communistes face à ce coup d’Etat institutionnel ?

Si bien que le coup d’Etat signifie l’abandon d’un bateau qui est en train de chavirer par une bourgeoisie qui s’acharne contre les minces conquêtes des années Lula et Rousseff, nous devons le condamner. Le gouvernement Rousseff a été démocratiquement élu et vient de subir un coup pensé pour l’évincer du pouvoir tout en rendant possible un gouvernement « pure souche » de la droite brésilienne. Nous ne pouvons pas oublier, cependant, le caractère du PT et les cadeaux faits pendant tant d’années aux plus riches. Comme l’on dit en portugais, ils ont creusé leur propre tombe en acceptant de jouer au double jeu des riches et en trahissant des principes qui sont très chers à la gauche. C’est pour ça qu’il faut condamner le coup d'Etat tout en affirmant que l’alternative pour le peuple brésilien ne passe pas par une répétition de la collaboration de classe mais par un gouvernement des travailleurs, pour les travailleurs et par ceux-ci.

 

 

Davi DE CARVALHO pour l'UEC Strasbourg

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