Solidarité avec la grève étudiante au Canada : contre l’École de classe, pour la rémunération des stages !

Publié le 30 Novembre 2018

Solidarité avec la grève étudiante au Canada : contre l’École de classe, pour la rémunération des stages !

La semaine du 19 au 23 novembre a vu des dizaines de milliers d’étudiants canadiens prendre part à une grève historique, visant non seulement à dénoncer la misère et la précarité grandissantes du milieu étudiant mais aussi à revendiquer la rémunération de tous les stages. Outre les manifestations de rue, des établissements scolaires (universités et CEGEP) ont été obligés de suspendre leurs activités du fait de la réussite des piquets de grève.

Côté précarité, la dette étudiante moyenne au Canada s’élève à environ 30.000 dollars, et elle est en progression constante. Des milliers de nouveaux-entrants dans les études supérieures sont obligés de contracter une dette auprès des banques pour avoir de quoi financer leur matériel scolaire, de quoi se loger, de quoi se nourrir.

Quant aux stages, ce sont environ 300.000 étudiants canadiens – dont 55.000 au Québec – qui doivent effectuer chaque année des périodes de formation et de travail de durée variable dans des entreprises, des associations ou des collectivités, et ce afin de valider leur diplôme. La durée obligatoire des stages s’accroît depuis 20 ans, les stages étant de plus en plus conçus non pas comme un complément de cours mais comme un remplacement de ceux-ci. C’est une logique qui découle du désengagement de l’État dans l’éducation, permettant le transfert d’une part de la formation universitaire (publique) vers des lieux de travail (le plus souvent privés). Au lieu d’investir dans de nouvelles infrastructures universitaires et d’embaucher davantage d’enseignants, l’État bourgeois préfère tout mettre en place pour envoyer rapidement les étudiants sur le marché du travail, pour constituer une masse de main d’œuvre potentiellement gratuite, taillable et corvéable à la merci des entreprises. De plus, l’orientation genrée est particulièrement évidente dans la répartition femmes/hommes des cadres professionnels des stages : les femmes sont reléguées aux stages dans les métiers de l’enseignement, du travail social, des soins infirmiers, où le volume de travail excède souvent celui des métiers dits masculins, renforçant ainsi l’exploitation et la précarité des étudiantes. Enfin, de nombreux stages ne représentent aucun contenu pédagogique pour les étudiants : la multiplication de stages « machine à café » ne permet en rien aux étudiants d’approfondir leurs connaissances en lien avec leur domaine de formation.

Les gouvernements canadien et québécois – à la merci des capitalistes - ont récemment adopté des dispositions législatives (notamment la loi C-63) au profit de la bourgeoisie, pour garantir à celle-ci de continuer de disposer de jeunes stagiaires non rémunérés. Face à ces attaques, des dizaines de milliers d’étudiants continuent à devoir effectuer des jobs pour financer leurs études, et le taux d’échec devient de plus en plus important.

La condition d’exploitation et de misère des étudiants stagiaires est la même dans les autres pays où la bourgeoisie transforme toujours plus l’éducation publique et universelle en École de classe. En France, la tendance est également à la généralisation de stages obligatoires pour compléter une Licence ou un Master, stages dont la rémunération et l’étendue des droits sont laissés à la discrétion des employeurs et dont l’intérêt pédagogique reste souvent douteux. De plus, les universités françaises n’appliquent que très peu un contrôle sur la qualité des stages et un suivi des problèmes rencontrés par les stagiaires, ce qui contribue à la diffusion de pratiques clientélistes ainsi qu’au renforcement des orientations genrées et raciales. Le système actuel ne fait donc que préparer les stagiaires aux conditions d’exploitation qu’ils retrouveront ensuite dans le marché du travail, ou qu’ils connaissent déjà en tant qu’étudiants-salariés. L’intérêt des stages « au rabais » est énorme pour la classe bourgeoise. Le patronat peut disposer d’une masse supplémentaire de main d’œuvre obligée de travailler sans le moindre droit, et peut s’appuyer sur le quota de stagiaires pour remplacer des salariés en CDI. En vue de futures embauches, les patrons peuvent étudier le comportement des stagiaires pour ensuite présélectionner les éléments plus dociles et ainsi écarter des éléments combatifs. Encore, le patronat peut se servir de l’arme de la limitation d’offres de stage non seulement pour sélectionner davantage, mais aussi pour compliquer la tâche aux étudiants et les obliger, face à la galère, d’abandonner leurs études et d’aller grossir les rangs des travailleurs moins qualifiés que l’on pourrait donc moins rémunérer.

Pour toutes ces raisons, le Mouvement des Jeunes Communistes du Bas-Rhin soutient la grève étudiante canadienne ainsi que ses revendications immédiates. Tout travail mérite salaire, peu importe le statut d’apprenti, de stagiaire, ou autre. Tout stagiaire doit être rémunéré au moins au salaire minimum, et celui-ci doit être augmenté à la hauteur de 20 dollars/heure, comme le revendiquent les communistes canadiens. En termes de droits, les conditions de travail des stagiaires doivent être identiques à celles des autres salariés. La revendication de la rémunération des stages s’inscrit dans le combat plus vaste pour la gratuité scolaire, c’est-à-dire pour l’abolition de tous les frais de scolarité et de tous les frais indirects, et également pour l’abolition de tous les obstacles financiers faisant barrage à l’accès d’étudiants potentiels aux études supérieurs.

L’éventualité de déclencher une grève générale illimitée pour février 2019 est actuellement en cours de débat dans les principaux syndicats et organisations étudiantes canadiennes. Le mouvement étudiant semble reprendre son souffle, mais une fois de plus il est gangrené par le clivage entre les deux syndicats réformistes (FECQ et FEUQ) qui envisagent d’ores et déjà de négocier avec le ministère de l’éducation, et le syndicat révolutionnaire (ASSÉ) qui prépare la mobilisation de rue et le blocage des établissements.

Nous apportons d’ores et déjà notre plein soutien à ce dernier, ainsi qu’à la Ligue de la Jeunesse Communiste canadienne, convaincus qu’ils défendront jusqu’au bout les conditions d’étude et de travail de la jeunesse prolétarienne, qu’ils porteront sans compromission les positions de classe et qu’ils sauront convaincre de l’option révolutionnaire la grande masse d’étudiants qui se préparent à la grève générale, tout en organisant la coordination des luttes estudiantines avec celles de la classe ouvrière canadienne.

La grève défensive ne suffit plus. Le temps des négociations est révolu. Partout, face aux offensives incessantes de la classe capitaliste, il est temps de passer à l’attaque et de lutter classe contre classe. Nous ne pouvons plus nous contenter de demander un retour à un statu quo qui était déjà détérioré. Les grèves et mobilisations doivent avoir comme mots d’ordre la conquête de nouveaux droits et aller de pair, avec clarté, de l’organisation de la lutte pour le renversement du seul vrai responsable de l’exploitation et de la misère, le système capitaliste.
 

Mouvement des Jeunes Communistes du Bas-Rhin

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