Soutien aux travailleurs en lutte de Keolis-Striebig !

Publié le 10 Mars 2021

Soutien aux travailleurs en lutte de Keolis-Striebig !

Depuis le 15 février un mouvement de grève est en cours à Keolis-Striebig, entreprise de transports voyageurs située à Brumath et sous-traitante entre autres de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), de la Compagnie des transports du Bas-Rhin (CTBR) et de la région Grand Est pour la partie transport scolaire.

La grève a pour but de dénoncer les inégalités de traitement entre les salariés de l'entreprise. D’une part, des temps de travail « annexes » (de battement, de changement d'uniforme et d’attente) payés seulement à certains salariés. D’autre part, une hausse de salaire de 40 euros/mois pour les employés de bureau mais non pour les conducteurs. Les travailleurs dénoncent aussi, au sein d’une entreprise qui a un chiffre d’affaires plutôt important, la multiplication de contrats précaires et la désuétude des véhicules, qui ne sont plus conformes aux normes environnementales et n’assurent pas la sécurité des voyageurs. À l’heure actuelle, 70 des 115 conducteurs de bus des dépôts de Molsheim, Brumath, Strasbourg et Illkirch-Graffenstaden participent à cette lutte.

Devant la légitime contestation des travailleurs, la direction de Keolis-Striebig a fait d’abord le choix du silence, ne proposant la moindre entrevue aux représentants des salariés alors qu’ils demandaient l’ouverture d’une table de négociation. Elle a ensuite opté pour une répression impitoyable, licenciant deux salariés grévistes en période d'essai et intentant un procès aux 70 grévistes et à leurs organisations syndicales, CGT et CFDT, accusées d'avoir soi-disant bloqué les sorties des bus des dépôts. La direction d’entreprise a demandé à la justice d’ordonner la fin des piquets de grève ainsi que d’infliger une amende de 147 euros à chaque gréviste.

Mais les travailleurs en lutte sont sortis victorieux de cette bataille judiciaire : le juge des référés du Tribunal administratif de Strasbourg a constaté le non-fondement de l’accusation de blocage et, au contraire, le respect par les grévistes du plan de continuité de transport mis en place par la CTS. Il n’y avait donc aucune marge pour les inculper d’« abus de droit de grève ».

Depuis lors, c’est seulement une médiation de la CTS qui a persuadé Keolis-Striebig d’entamer des négociations. Mais au cours de celles-ci, la direction d’entreprise a mené en bateau les délégués syndicaux, en invoquant des problèmes administratifs pour ne pas discuter la revendication d’harmonisation des temps de travail des conducteurs. Elle a proposé une prime de vacances de 85 euros/an sur 3 ans au lieu de celle de 500 euros/an réclamée légitimement par les grévistes afin de rétablir une équité salariale entre employés sédentaires et roulants. Elle continue aussi de refuser la réintégration des salariés licenciés de façon abusive au début de la grève.

Ce n’est qu’après avoir provoqué elle-même l’échec des trois premières séances de négociation, et donc le refus des grévistes de poursuivre dans cette parodie de dialogue, que la direction d’entreprise a annoncé la mise en place d’un protocole de sortie de crise. Un stratagème conçu pour décrédibiliser les organisations syndicales des salariés, leur faisant porter la responsabilité de la situation d’impasse et de l’arrêt des discussions. Mais les salariés ne se sont pas laissés berner par cette stratégie du pourrissement et par les quelques miettes proposées par la direction : ils ont décidé de reconduire depuis lundi leur quatrième semaine de grève.

Plus largement, la lutte en cours révèle une fois de plus la réalité de la sous-traitance et son rôle désormais indispensable au service de la bourgeoisie afin de casser les services publics. Les discriminations entre salariés telles que constatées à Keolis-Striebig, la précarisation de l’emploi, le chantage et les abus de directions répressives sont la norme chez les entreprises prestataires, alors même la réinternalisation des activités sous-traitées est de moins en moins à l’ordre du jour. La stratégie de sous-traitance (ou de « filialisation ») vise en effet à externaliser les risques : industriels, commerciaux, de santé, de sécurité, salariaux et sociaux en transférant les responsabilités des donneurs d’ordre sur les sous-traitants, voire sur les salariés. S’il y a baisse d’activité dans le secteur, ce sont les sous-traitants ou équipementiers qui en font les frais. Ces derniers, dans le même état d’esprit, décident de faire appel à d’autres sous-traitants, la "sous-traitance en cascade" s’instaure. Par leur position d’exécutants, leur différence de taille et leur fragilité financière, les sous-traitants restent les vassaux des grands donneurs d’ordre malgré des compétences techniques généralement admises. Tout leur est imposé : du côté fournisseurs, de grandes entreprises exigeant d’être payées dans de brefs délais ; du côté donneurs d’ordre, d’autres grandes entreprises allongeant indéfiniment leurs délais de paiement et imposant prix, structures de qualité, délais de réalisation, commandes tardives ; la pression sur les coûts et le chantage au changement de sous-traitants étant la règle. Il s’en suit que les conditions de sécurité et d’emploi des salariés se dégradent.

Comme le dénonce la CGT Intérim : « Dans le contexte actuel de mondialisation ultra-libérale, la sous-traitance est de plus en plus dévoyée par les employeurs pour se soustraire à leurs responsabilités et obligations sociales, juridiques voire fiscales, avec le seul objectif de réduire les coûts de production pour accroître profits et pouvoir dominateur et empêcher les travailleurs de s'organiser collectivement. D'origine technique, la sous-traitance est devenue de plus en plus stratégique et surtout perverse. La pratique de la sous-traitance exerce des pressions à la baisse sur les salaires et génère l'instabilité du travail et la précarité. Les salariés des entreprises sous-traitantes subissent de plein fouet la précarité et des différences salariales énormes (conventions collectives, salaires, conditions de travail…). En matière de formation et d'hygiène et conditions de travail le constat est encore plus lourd. Les intérimaires et autres précaires en CDD ou en contrat de fin de chantier sont les principales victimes des accidents du travail ». Les sous-traitants sont ainsi « devenues de vrais laboratoires où sont testées toutes les formes de domination sociale. Ils constituent aujourd'hui de véritables sanctuaires de la fraude et de la concurrence déloyale ».

Face aux réalités dramatiques de la sous-traitance et aux revendications légitimes portées par la grève en cours, la Jeunesse Communiste du Bas-Rhin affirme sa solidarité indéfectible avec les travailleurs en lutte de Keolis-Striebig. Aux côtés de la CGT CTS, soutenons-les à la fois sur les piquets de grève et en participant à la campagne de souscriptions lancée par l'Union locale CGT Strasbourg !

Les intimidations du patronat n'empêcheront pas la grève de triompher ! Seule la lutte paie !

Pour la révolution et le socialisme, organise ta colère !


Jeunes Communistes du Bas-Rhin

Publié dans #Mouvement social

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